Gobelet à décor mythologique

Description scientifique

"Le décor est chargé de symbolisme religieux. Mercure, entouré d'un sanglier, d'une tortue et d'un corbeau, ramasse des pièces de monnaie sur une table et en remplit deux bourses ; le dieu gaulois Cernunnos, paré d'un torque au cou, brandit un autre collier et tient une corne d'abondance, tandis qu'un cerf se profile derrière lui et qu'un chien le regarde ; un aigle affronte un serpent, enroulé autour d'un arbre ; un chêne porte une boule de gui. Si la tortue est l'attribut habituel de Mercure, les autres animaux ne se rencontrent guère à ses côtés : le sanglier figure plutôt seul comme enseigne sacrée, et le corbeau doit illustrer l'étymologie celte de Lugdunum ; de même, le chien conviendrait mieux au dieu gaulois muni d'un maillet (Sucellus) et la corne d'abondance, que Cernunnos ne porte pas d'ailleurs, peut évoquer ici le surnom de la colonie romaine (Copia). La lutte de l'aigle et du serpent symbolise à travers les siècles et les religions l'hostilité du ciel et de la terre ; le corbeau et la tortue affrontés suggèrent la même interprétation. Enfin le gui était la plante sacrée des druides. (...) Cernunnos, à demi étendu sur un lit, ressemble à un Héraclès héroïsé ; mercure, assis à une table, reproduit aussi un type grec par la pureté de son profil, la finesse de sa tête et la musculature de son corps (...) La sobriété du décor et la discrétion du relief portent aussi la marque héllenique. (...). Ce vase semble avoir été ciselé à Lyon, dans la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C., par un orfèvre qui a traité librement des thèmes de la religion indigène et locale selon les traditions de l'art gréco-romains.
P. Wuilleumier, Lyon métropole des Gaules, p. 80-81.
D'autres auteurs, à la suite de Jan-Jacques Hatt, ont voulu voir sur ce gobelet une représentation des principaux dieux gaulois : Teutatès assis sur un rocher, avec derrière lui un sanglier auquel il est souvent associé ; au-dessus, le corbeau, rappellerait le dieu Lug, tandis que l’aigle, à gauche, évoque le dieu de la foudre Taranis opposé aux force souterraines symbolisées par le serpent.