Sarcophage du triomphe de Bacchus

Sarcophage

Datation :
1ère moitié du 3e siècle

Matière :
marbre blanc (haut relief )

Dimensions LxH :
Exterieures : L.2,22m ; l. 0,95m ; H. 1,17m

Date et lieu de découverte :
Europe / France / Auvergne-Rhône-Alpes / Rhône / Lyon / Lyon 5e / Saint-Irénée (1824)
Au cours des travaux de reconstruction de l'église Saint-Irénée, en creusant les fondations du mur gauche de la rampe des escaliers, à une profondeur d'environ 4 mètres.

Description

Cette cuve de marbre blanc importée de Rome s’inscrit dans la série des « sarcophages dionysiaques », dont l’iconographie se rapporte au mythe de Bacchus-Dionysos. Ce décor en haut-relief reproduit une scène de triomphe, le défilé organisé à Rome pour honorer un chef d’armée vainqueur. Ce dernier, sur un char, était accompagné d’un cortège de prisonniers.
L’épisode mythologique figuré ici est celui du triomphe du dieu sur l’Inde. Bacchus et Ariane se tiennent debout sur un char tiré par deux panthères conduit par le dieu Pan (personnage central) ; à l’avant, des prisonniers aux cheveux bouclés, montés sur un éléphant, sont entourés d’autres animaux exotiques (chameaux ou girafes, lion) ; à l’extrême droite, Hercule ivre, soutenu par un satyre, tente de saisir une nymphe. Ce décor très animé, caractérisé par une « horreur du vide », est construit de façon symétrique : six personnages sont répartis de part et d’autre du dieu Pan, tandis qu’une représentation féminine occupe chacune des extrémités.
Pourquoi représenter cette scène, qui n’a rien de funéraire, sur un tombeau ? Faut-il voir dans ce cortège une allégorie du voyage dans l’au-delà, ou bien une représentation symbolique du triomphe sur la mort ? Selon Paul Veyne, les belles images reproduites sur les tombes procédaient d’une tranquillisation destinée à réduire l’angoisse suscitée par le passage dans l’au-delà : « Devant un sarcophage à décor mythologique, quelle est la réaction première de tout spectateur ? De sentir la peur éclipsée derrière du merveilleux, du fabuleux, du voluptueux et de l’humanité charnelle ».

Description scientifique

La composition de cette grande scène se répartit sur deux registres : d’une part, une division verticale par groupe de personnages autour de la figure du Pan central ; d’autre part, une superposition de motifs allant, de bas en haut, des tableautins et scènes de genre à la figure occupant toute la hauteur de la cuve.
Au centre, Pan, le buste de face, fortement campé sur ses jambes, regarde derrière lui. La tension musculaire forte exprime son mouvement de guide du char de Dionysos. Entre ses jambes s’agite un panisque jouant de la flûte. De chaque côté de Pan se tiennent deux groupes de six grands personnages. À sa droite se développe le groupe de Dionysos. La divinité est debout, de face, sur un char décoré de rinceaux d’acanthes et tiré par deux panthères au premier plan. Sous les lourdes mamelles de la première panthère sont assis un petit Pan et un satyreau. Le visage de Dionysos, très fin, presque féminin est tourné légèrement vers la droite. De sa main droite, il tient son thyrse à la manière d’un sceptre. Il est couronné de lauriers par une Victoire debout derrière lui à sa gauche, qui tient une palme dans sa main gauche. Debout à la droite de Dionysos, se trouve Ariane. Sa tête est tournée vers le dieu. Sa chevelure libre tombe en fines mèches sur ses épaules. Elle porte une couronne de feuillages tressés retenue au centre par une gemme. Le corps d’Ariane est en partie caché par celui d’une ménade debout, de face, sa jambe droite dénudée et fléchie en avant. Deux autres ménades accompagnent le cortège, dont une joueuse de flûte, de profil, la tête rejetée en arrière.
À la gauche de Pan marche le groupe des prisonniers indiens. Assis sur un éléphant, les mains liées dans le dos, les deux prisonniers indiens se reconnaissent à leur coiffure à anglaises en forme de « calotte godronnée ». Ils sont vêtus d’une tunique courte ceinturée à la taille et d’un manteau retenu par une fibule sur l’épaule droite. Ils portent un pantalon, typique de la figure du Barbare germain, convention qui ne convient guère à la réalité. L’éléphant est paré pour le cortège dionysiaque. Son corps est recouvert d’un filet quadrillé (moustiquaire), à son cou pend une clochette, et son front est orné d’une couronne de fleurs de corymbes. Entre les pattes du pachyderme, un lion porte un satyreau sur son dos. De part et d’autre de l’éléphant, en arrière-plan, deux têtes d’animaux exotiques de profil à droite posent un problème d’identification. Il s’agit soit de chameaux, soit de girafes. Entre le groupe des prisonniers et celui d’Hercule, la jonction est assurée par la présence de Silène. Hercule ivre, nu, sa tête et ses épaules simplement recouvertes de la peau de lion, soutenu par un satyre, essaie de s’approcher d’une Nymphe.
En haut, dans l’angle droit du sarcophage, un sujet pastoral est sculpté sur un sol flottant. Un berger couché encadré de deux chèvres est accompagné d’un génie du lieu. Les espaces vides entre les pieds des grands personnages sont peuplés de petits sujets de genre, chèvres accroupies, cymbales, dépouille caprine.
Les faces latérales de la cuve sont sculptées en bas-relief. Le côté gauche est occupé par les figures de Pan et d’une ménade jouant du tambourin. La scène de la face droite est placée sur un sol factice d’aspect rocailleux. Les deux personnages sont de trois quarts face, la tête à gauche. Un satyre s’approche d’une ménade. À droite de la scène un arbre stylisé occupe l’espace.
(D'après M.-P. Darblade-Audoin, Nouvel Espérandieu, 2, Lyon)